ABONNEMENT STEFINEL 7 : Mise à jour N°8

ECOUTE DICHOTIQUE

   
 
Alain ALVO, orthophoniste,
vous présente l’écoute dichotique en tant qu’outil de rééducation orthophonique
 
 
 
6- Ecoute dichotique : application - Exemple d’utilisation avec un enfant
 
Pierre, 9 ans 4 mois, droitier homogène, est scolarisé en CM1. Il a été suivi par le « rased » de l’école durant tout le CE1, pour difficultés d’apprentissage du langage écrit. Il a ensuite eu un premier bilan orthophonique, après le premier trimestre de CE2, pour confusions et inversions de sons, en langage écrit (lecture et orthographe).

Les erreurs phonétiques (en lecture comme en orthographe) étaient essentiellement :
- des confusions de consonnes sourdes/sonores
- des inversions et/ou des omissions de sons, dans les groupes consonantiques

Ces erreurs, étaient prédominantes en orthographe, car elles donnaient lieu, en lecture, à des auto-corrections spontanées, par référence au sens. Lors de la dictée de logatomes, la référence au sens n’étant plus possible, les erreurs étaient beaucoup plus nombreuses.

Avant de pouvoir utiliser l’écoute dichotique, une rééducation orthophonique plus « classique » a été menée jusqu’à la fin du CE2. L’un des objectifs principaux de cette rééducation était d’affiner la conscience phonétique, tant du point de vue de la nature des sons entendus que du point de vue de leur ordre d’écoulement.

A cet effet, nous avons commencé par un travail de reconnaissance-discrimination-mémorisation-classement ordinal- etc. de stimuli sonores, d’abord constitués de bruits familiers, auxquels sont venus s’ajouter, par la suite, des sons de la lecture (phonèmes, syllabes et mots) à l’aide de divers logiciels Stéfinel : Valse sons -Tango des sons – Achurnalok – Epellaclic – Balance et d'un logiciel de rééducation auditive d'un autre éditeur : bruits – phonèmes – syllabes.

Nous avons également utilisé le logiciel Stéfinel Tam Tam Rythme, pour lequel il s’agit d’affiner la reconnaissance de structures rythmiques :

- capture globale d'une enveloppe sonore, au sens le plus large du terme puisque, dans Tam Tam rythme, cette enveloppe est totalement dénuée de toute valeur signifiante au sens « langage »
- analyse du contenu de cette enveloppe sonore
- mémorisation et reproduction de cette enveloppe (ensemble de mécanismes bruts, mécanismes de base, et prérequis indispensables)

Parallèlement, en début de prise en charge orthophonique, un tableau représentant les phonèmes-consonnes (sourdes et sonores) classés selon leurs critères (graphiquement symbolisés) :

- de durée ou d’explosion
- de voisement ou de non-voisement

a été expliqué, établi et donné pour la maison, avec, pour objectif, de savoir reproduire ce tableau, intégralement et de mémoire.

En exercice de rééducation, il s’agissait, une fois ce tableau reproduit, de répéter un phonème (ex : v), de préciser les critères précédents (on peut le faire durer ou pas ; ça vibre dans la gorge ou pas) puis de désigner, dans le tableau, le phonème entendu. Ensuite, on procédait de même avec des syllabes simples (consonne + voyelle ou voyelle + consonne) en précisant quel était le phonème-consonne entendu, et sa position, avant d’écrire la syllabe en question.

Puis, quand cette analyse semblait fiable, nous avons commencé des dictées de logatomes simples (une syllabe composée de deux consonnes et d’une voyelle),
Il s’agissait de : répéter – écrire – relire, avant de passer, peu à peu, à des logatomes plus longs.
Une procédure détaillée, pour travailler régulièrement à la maison (une dizaine de minutes environ) sur les répétitions-dictées-relectures de logatomes, avait été fournie.

Les progrès de Pierre semblaient, certes effectifs, mais peu fiables à long terme ; la conscience phonétique fine semblait « en éveil » presque exclusivement dans les périodes d’exercices ; les logatomes répétés-dictés-relus (les « non-mots ») étaient de plus en plus réussis, mais les performances, pour les logatomes les plus longs (quatre syllabes) demeuraient irrégulières (malgré une répétition sans erreurs) …
De même, et surtout : pour les « vrais mots » les erreurs demeuraient fréquentes.

Ensuite, l’outil Ecoute dichotique de Stéfinel est apparu, et, avec lui, une adaptation de certains logiciels Stéfinel existants : la possibilité de séparer les canaux, droite et gauche, au niveau de la carte son de l’ordinateur ; les canaux choisis pour ces logiciels, étant totalement indépendants de ceux choisis pour l’outil Ecoute dichotique.
En effet, ce qui est particulièrement intéressant avec cet outil, c’est qu’il fonctionne de manière autonome, c'est-à-dire que tout se passe comme s’il s’agissait d’un module physiquement extérieur à l’ordinateur et totalement indépendant, envoyant ses stimuli dans les enceintes de l’ordinateur (au choix : à droite ou à gauche, ou bien en stéréo)

A partir de ce moment, nous avons repris, avec l’écoute dichotique et au casque, un travail, en quelque sorte « hémisphériquement ciblé », d’affinement de la conscience phonétique.
Nous avons commencé par utiliser les ambiances sonores calmes (mer, oiseaux, vent) à des intensités modérées, envoyées dans l’oreille gauche, avec, pour l’oreille droite, concernant les stimuli verbaux, une progression inversée, par rapport au travail précédemment effectué sans l’outil Ecoute dichotique. En effet, le mémoire d’orthophonie avait permis de mettre en évidence, d’une part, qu’un temps d’adaptation s’avérait nécessaire pour l’éducation-rééducation auditive, en conditions d’écoute dichotique, et, d’autre part, qu’il était préférable de commencer par des mots longs et de diminuer progressivement la longueur des stimuli verbaux, pour arriver, en final, à des mots monosyllabiques (et donc, éventuellement ensuite, à des phonèmes isolés).
Des mots ont donc été choisis comme stimuli initiaux pour l’oreille droite, ces mots étant disponibles dans les logiciels Tango des sons et Valse sons, en choisissant, par exemple, pour Tango des sons, le paramétrage suivant :

- Banque disponible : Syllabes canal droit (pour activer le canal droit)
- Stimulus auditif : Mot
- Support visuel : Mot associé

En ce qui concerne le travail en conditions d’écoute dichotique, Tango des sons et Valse sons permettent un travail portant sur des mots ou des syllabes ; un travail sur les phonèmes issus du logiciel Stéfinel Achurnalok et ses amis, est également possible, mais, pour le moment, en écoute stéréophonique.

Parallèlement à ce travail, et plus spécifiquement dans l’optique d’optimiser l’analyse du rythme et l’analyse d’une enveloppe sonore, en vue d’affiner la perception de l’ordre de succession des stimuli, nous avons également utilisé l’écoute dichotique avec les logiciels Stéfinel ; Epellaclic et Tam Tam Rythme.
En ce qui concerne Tam Tam Rythme, Pierre n’étant pas musicien, les stimuli de ce logiciel ont été envoyés à l’oreille gauche, et les ambiances sonores de l’outil Ecoute dichotique à l’oreille droite.

La progression s’est ainsi poursuivie, en choisissant des stimuli et des ambiances sonores de plus en plus complexes, sans oublier d’augmenter progressivement l’intensité sonore envoyée à l’oreille que l’on pourrait considérer comme « passive » (c'est-à-dire celle ne recevant pas les informations à affiner).

Pour Pierre, avec l’utilisation de l’écoute dichotique (10 à 15 minutes par séance, 2 fois par semaine) deux phénomènes ont rapidement vu le jour :

1/ La conscience phonétique restait (et reste) « en éveil » également en dehors des phases d’exercices ; les non-mots (logatomes, jusqu’à 4 syllabes) ainsi que les « vrais mots » ne donnaient (et ne donnent) pratiquement plus lieu à aucune erreur
 
2/ L’analyse-reconnaissance des divers constituants de la phrase a également bénéficié de ce travail de façon indirecte, avec une nette diminution des erreurs et des oublis, concernant la segmentation des mots, les accords syntaxiques, et ce, en dictée comme en expression écrite (lors de petits résumés écrits, par exemple)

La fréquence des séances a pu être diminuée après 3 mois d’écoute dichotique (1 séance par semaine au lieu de deux).

 

Pour conclure, il ne faut surtout pas oublier ce principe, sur l’usage du casque et de l’écoute dichotique :

Les conditions d’écoute dichotique sont, bien évidemment, des conditions de rééducation ; elles visent à affiner un/des processus cognitif(s) déficient(s), afin qu’il(s) soit (ent) effectif(s) et/ou optimisé(s) dans la vie de tous les jours et dans la vie scolaire.
 
D’autre part, l’outil Ecoute dichotique ainsi que les logiciels Stéfinel pouvant lui être associés, sont, sans aucun doute, perfectibles. Les avis et les suggestions des utilisateurs permettront d’améliorer cette nouvelle piste de rééducation orthophonique.